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Au centre de son propre cauchemar, une très frêle jeune fille : Mary Shelley. A ses côtés, convoqués par elle, ses fantômes et ses visions...
L’avancée fulgurante des biotechnologies – dans tous les domaines du vivant (végétal, animal, humain), l’inventaire breveté commercialement du génome de notre espèce, le clonage, la fabrication de « chimères » biologiques, l’ADN fiché dès l’enfance; résurgence moralisatrice de l’eugénisme; l’association aujourd’hui possible du vivant et de la matière inerte, grâce à la combinaison de la robotique, du génie génétique et des nanotechnologies, tout cela met « scientifiquement » en œuvre un très vieux fantasme du Sapiens.
Ce fantasme, au début du 19ème siècle une toute jeune femme, Mary Shelley, lui a donné une forme légendaire : Frankenstein. Né de la toute puissance de la science, faisant ainsi l’économie du rapport sexuel, le monstre - qui ne sera jamais nommé - est rejeté par celui-là même qui lui donne la vie, Victor Frankenstein. Il décime alors, par déception, par manque d’amour, l’entourage de son créateur. Imaginé aux bords du Lac Léman, après une nuit d’orage, le roman est aussi le reflet inconscient et prémonitoire de la propre vie de Mary. En l’espace de quelques années, la mort lui ravira trois de ses très jeunes enfants, sa sœur se suicida et Percy Shelley lui-même périt noyé, naufragé dans le golfe de La Spezia. Elle a également éprouvé au plus profond de son intimité les exaltations, les désillusions et les naufrages d’esprits exceptionnels qui l’entouraient - Percy, Lord Byron, Claire Clairmont - et qui tentaient de « vivre autrement ». Ils furent saisis de la passion de transgresser les valeurs et les tabous de leur temps, et de vérifier aussi par là cruellement leurs propres limites. Il y a quelque chose de cette épopée amoureuse et funèbre qui préfigure les essais utopiques des années 1960-70 en Occident.
Le fantasme scientifique, sa mise en œuvre dans les conditions de l’ultra-libéralisme économique et idéologique, la diminution et la sclérose intérieures de l’homme-consommateur, se déploient dans ce deuxième volet de Fare Thee Well Tovaritch Homo Sapiens, à travers une évocation à la fois fantastique et documentaire.
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