introduction texte et images revues de presse
 
La vengeance procède toujours de la faiblesse de
l’âme, qui n’est pas capable de supporter les injures.

lit-on chez La Rochefoucauld. Si le père de Rodrigue
qui force son fils au crime d’honneur avait fait siens ces
mots, Le Cid n’aurait pas existé, et je ne m’apprêterais
pas aujourd’hui à en visiter les attraits …

On peut être fasciné par la corrida, il reste qu’il s’agit
bien, au bout du compte, quelle que soit la beauté de
ses codes, d’une boucherie. Mettre en scène Le Cid, le
représenter "en faisant comme si", en rangeant ce qui
fonde le noeud tragique de la pièce, au rayon des chromos obligés, en oubliant les atrocites commises en son nom, ne va pas de soi.

Changez le titre, ce n’est pas se méfier de la pièce, ni encore moins se vouloir plus intelligent qu’elle, c’est à la
fois donner la mesure de l’écart qui nous sépare de l’oeuvre originale, et nous permettre d’être au plus près de ce qui nous y requiert. Ce faisant, je souhaite aussi qu’on comprenne que notre spectacle relèvera plus d’un voyage au travers de la tragi-comédie de Corneille que d’une mise à la scène de la pièce au sens classique du terme.

Nous raconterons la pièce bien sûr. Nous en jouerons la
fable à huit –quatre actrices et quatre acteurs – ses intrigues, ses ressorts comme ses invraisemblances. Nous tacherons de faire ecouter les rugueuses beautés de ses alexandrins. Nous aurons du coeur pour Rodrigue et Chimène. Nous nous souviendrons que Corneille avait à peine trente ans lors de la rédaction de ces cinq actes traversés par une violence inouïe.

Nous ferons tout ceci bien sûr mais en prenant les libertés que nous aurons envie de prendre, en nous réservant la possibilite du commentaire, de l’extrapolation, de la fragmentation, de la friction, de l’adjonction d’autres materiaux ; nous y mêlerons sans doute des incursions vidéographiques, des extraits d’opera ou du film où Charles Heston est Rodrigue et Sophia Loren Chimène, bref nous ≪ tripatouillerons ≫ comme l’ecrivait Paul Claudel.

Et, "de cet affreux combat" nous sortirons non seulement "l’âme brisée", comme le chante si douloureusement Maria Callas, mais aussi le coeur et les yeux, en nous disant avec Martin Luther King que  "la race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche."
Philippe Sireuil
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