Théâtre Abonnement Gourmand
Le Songe d’une nuit d’été est l’une des pièces majeures de Shakespeare. Et l’une des plus jouées aussi. Mais c’est avec une grande fraîcheur qu’Isabelle Pousseur l’adapte ici, principalement grâce à sa distribution entièrement africaine.
Plusieurs histoires d’amour compliquées qui s’entrecroisent lors d’une ensorcelante nuit d’été dans une forêt magique, des hésitations incessantes entre rêve et réalité, une mise en abîme du travail théâtral au travers d’une troupe de théâtre amateur répétant un spectacle : Le Songe d’une nuit d’été est l’une des pièces majeures de Shakespeare. Et l’une des plus jouées aussi. Mais c’est avec une grande fraîcheur qu’Isabelle Pousseur l’adapte ici, principalement grâce à sa distribution entièrement africaine.
«Tout est parti d’une formation que j’ai dispensée il y a sept ans dans le cadre du grand festival Recréatrales à Ouagadougou au Burkina Faso, explique-t-elle. On m’avait demandé de travailler sur Shakespeare et, comme j’avais beaucoup de comédiens, j’ai choisi de travailler les scènes des artisans parce que ce sont des scènes collectives. On m’avait ensuite proposé de monter la pièce en entier à Ouagadougou mais ça ne s’est finalement pas fait. Il y a deux ans, le Théâtre National m’a alors proposé de la monter ici avec les comédiens de là-bas.»
Isabelle Pousseur a réuni 13 comédiens, une musicienne et une chorégraphe. Elle a ensuite travaillé avec eux au Burkina puis à Bruxelles pour proposer une version de la pièce qui profite subtilement de son «africanisation» pour lancer des passerelles entre les cultures, en évitant le piège du stéréotype.
«C’était évidemment un enjeu majeur, qui m’a obligée à beaucoup réfléchir, sourit-elle. J’ai voulu orienter ma mise en scène sur base de ma relation personnelle avec l’Afrique, du souvenir de mes premières impressions de là-bas et, surtout, sur des éléments neufs que pouvaient m’apporter les acteurs africains.»
Ainsi, les nombreux glissements entre rêve et réalité, «ou plutôt entre des mondes différents, car personnes ne rêve vraiment dans le Songe», utilisent-ils joliment l’altérité entre les cultures africaines et européennes. Des sons de Ouagadougou, le balafon et le Djembe, côtoient un opéra de Purcell ; la chorégraphie s’africanise parfois ; le rapport particulier des Africains à l’oralité, au conte, permet de se rapprocher, finalement, de la tradition élisabéthaine du théâtre.
«Mais c’est toujours une Afrique onirique, non-réaliste, ressentie, explique Isabelle. C’est un travail sur le métissage, qui est facilité par ces glissements rêveurs du Songe. Et, aussi, par la porosité entre le jeu des comédiens africains et leur réalité. Cette relation particulière à la parole, à l’humour, cette impressionnante expression de la joie de vivre»
Au final, cette fraîcheur de l’approche permet de retrouver le coeur même de l’oeuvre de Shakespeare : un questionnement terriblement moderne sur ce qu’est un couple et sur la place qu’occupent hommes et femmes au sein de la relation amoureuse. Une vision d’une grande lucidité sur l’inconstance, la cruauté, la violence des amours adolescentes : «Ca n’a visiblement pas beaucoup changé depuis !», sourit Isabelle. C’est aussi une réflexion sur l’acte théâtral lui-même puisqu’une troupe de comédiens amateurs occupe une grande partie de la narration : «J’ai moi-memê pratiqué le théâtre amateur, je viens d’une ville de tradition carnavalesque, cette mise en valeur d’un art populaire dans le bon sens du terme me touche, encore plus avec des comédiens africains.»
Une belle aventure humaine qui se poursuivra probablement avec la présentation du spectacle à Ouagadougou.
BARAKSTAD / BIDONVILLEJMH Berckmans / Guy Dermul & Kaat De Windt | |
RAYMONDManu Riche, Dimitri Verhulst, | |
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