Théâtre National

Le film Chronique d’un été

Source principale du spectacle "J'abandonne une partie de moi que j'adapte"

Le film documentaire, Chronique d’un été, a été réalisé par Jean Rouch et Egard Morin en 1960.

Leur idée était de faire un état de la société française, telle qu’elle est au moment de la réalisation du film, à l’été 1960.  Comme dans ses films sur l’Afrique, Jean Rouch pose un regard distancié d’ethnologue sur la société française.  Deux filles interrogent des passants dans la rue et leur demandent s’ils sont heureux. Le film se concentre ensuite sur une série de personnages récurrents censés représenter un échantillon de la société française de l’époque … Pour Rouch, il s’agissait aussi de filmer l’enquête menée par Edgard Morin, sociologue. Celle-ci porte sur le bonheur en général et se concentre sur une série de personnages qui tentent de répondre avec profondeur à la question « comment se débrouille-t-on avec la vie ?».  

Ils abordent donc des thèmes comme le travail, l’amour, le mariage, le logement, la guerre… Pas seulement d’un point de vue extérieur, sociologique mais aussi de façon très intime et touchante, emmenant les spectateurs au cœur-même de leur vie.
Depuis notre XXIe siècle on a donc une étrange impression de distance, de désuétude et en même temps d’intimité très touchante.

On dit de ce film qu’il amorce le genre « cinéma vérité », tel qu’on peut le trouver chez des réalisateurs comme Raymond Depardon et qui consiste à se rapprocher le plus possible de la réalité représentée en intervenant le moins possible, par exemple scénaristiquement ou techniquement.  
Le tout est filmé avec du matériel très léger, caméra à l’épaule.

A d’autres moments pourtant, on n’est plus du tout dans le documentaire, mais plutôt dans un genre qui ressemble à de la fiction. Le film propose aussi des confrontations complètement provoquées par les réalisateurs, (le monde ouvrier d’Angelo et le monde universitaire de Jean-Pierre), confrontation houleuse qui préfigure déjà le rapprochement des deux mondes tels qu’il aura lieu en mai 1968.

Le film réfléchit aussi sur le film, dans les moments ou Rouch et Morin se mettent en scène eux-mêmes en train de s’interroger sur la forme de leur œuvre.
Celle-ci se termine par la projection du film devant ses protagonistes, et leur avis sur celui-ci, créant une forme très particulière de mise en abîme.

Cécile Michel

> "J'abandonne une partie de moi que j'adapte, un spectacle de Justine Lequette / Group NABLA à voir du 21.11 au 02.12.17