Théâtre National

CHRONIQUE D'UN ÉTÉ

J'abandonne une partie de moi que j'adapte / Source

Le film Chronique d'un été – 1ère expérience de cinéma-vérité en France – fait le pari d’interroger des gens sur leur vie quotidienne, pendant un mois, à Paris.

Avec leurs regards de sociologue et d’anthropologue, Edgar Morin et Jean Rouch réussissent à capter « un moment » de l’année 1960, par le biais de questions simples : Êtes-vous heureux ? Comment vis-tu ? Comment tu te débrouilles avec la vie ? Est-ce qu’il y a quelque chose en quoi tu crois ? Les questions se posent d’abord dans la rue, aux passants, puis dans un cadre plus resserré et intime, avec quelques personnes que l’on suit plus en détail : des étudiants, des ouvriers, des employés, des immigrés. De ces images récoltées et montées, quelques axes se dessinent ... Les personnes interrogées, principalement issues des milieux de gauche, sont toutes en rupture. Elles ont vécu l’aspiration à une autre vie et sa désillusion. Elles éprouvent désormais un vide psychologique. Par ailleurs, la fracture entre la vie et le travail semble actée pour la plupart des personnes interrogées: c’est l’époque des ouvriers spécialisés, la société industrielle prend toute son ampleur, la question du sens commence à se poser avec acuité. 1960, Edgar Morin pense se trouver à un tournant de civilisation. La possibilité d’un contre- modèle disparait, la société de consommation se développe, les individus sont atomisés. La désillusion plane, donc. Et pourtant, dans le même temps, quelque chose de profondément vivant, d’intensément joyeux, d’éminemment stimulant émane des images de Chronique d’un été.


Si on regarde entre les choses, si on écoute entre les mots, on arrive très nettement à percevoir que quelque chose bouillonne. Dans les corps et dans les têtes. Un désir de changement s’annonce. Les énergies s’activent. Les pensées sont en mouvement. Mai 68 se prépare...