Un Loup pour l'homme

Des histoires qu’on a besoin de se créer dans la vie pour exister vis à vis de l’autre, et aussi de soi même

Un Loup pour l'homme / Violette Pallaro / Interview I

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste le spectacle ?
Le spectacle parle des histoires qu’on a besoin de se créer dans la vie pour exister vis à vis de l’autre, et des autres , et aussi vis à vis de soi même. Les histoires qu’on raconte dans ce spectacle, elles sont tirées de la vie, inspirées de faits réels, mais aussi par exemple de récits d’imposteurs qui ont réellement existé.


Ces séquences proviennent de quelles circonstances de vie ?
Tabula Rasa, mon précédent spectacle, je me suis questionnée sur la place que chacun occupe dans le cercle familial. Avec Un Loup pour l’homme, j’ai voulu élargir  mon champ d’exploration à la sphère sociale, professionnelle, mais aussi intime, et donc plus nécessairement dans la sphère familiale.

D’où vient ce besoin d’explorer cette matière ?
Depuis l’enfance, je m’intéresse beaucoup au fonctionnement des adultes entre eux et à la place qu’ils occupent dans les groupes. Quels sont les jeux de rôle qu’ils adoptent pour occuper cette place, pour la maintenir ou pour en changer ? Dans Tabula Rasa, je suis partie d’un souvenir simple : celui de ma place à table au repas familial. Je me dis que pour occuper cette place, on joue un rôle. Et on joue des rôles différents en fonction des sphères dans lesquelles on évolue. On ne jouera pas le même rôle si on est face à sa mère ou face à son patron, ses enfants, ses amis, un voisin ou quelqu’un que l’on croise dans la rue. Et c’est tout ce fonctionnement-là qui m’intéresse.

Tabula Rasa a pour point de départ la famille. Pour Un Loup pour l’homme, quelles ont été tes sources d’inspiration ?
Les différentes situations sont écrites à partir de faits réels que j’ai pu observer dans la vie quotidienne ou d’histoires qu’on a pu me raconter. Dans le spectacle, je pousse ces situations à l’extrême pour basculer dans ce qu’elles peuvent avoir de drôle,  d’absurde, d’étrange, et même, souvent,  de cruel. Quant aux récits d’imposteurs, il s’agit de quatre personnes qui ont réellement existé. Certaines sont encore en vie. Il y a Misha Defonseca, une auteure belge qui a écrit un livre présenté comme une histoire vraie. Elle y raconte qu’à 7 ans, lors de la seconde guerre mondiale, elle aurait traversé toute l’Europe à pied, protégée par des loups, pour retrouver ses parents emportés par les nazis. Il y a Rosie Ruiz, une marathonienne d’origine cubaine, qui a triché aux marathons de New York (1979) et de Boston (1980).  Elle s’est qualifiée à deux reprises en se faufilant dans les pelotons sans avoir couru l’épreuve. A l’époque, il n’y avait pas les puces GPS et autres systèmes de surveillance. Elle s’est ainsi propulsée à la première place. Mais dépassée par son propre stratagème, elle a livré plusieurs incohérences en relatant son exploit sportif, ce qui l’a démasquée. Frédéric Bourdin est un français qui, jusqu’à l’âge de 30 ans, a usurpé des centaines d’identités d’adolescents. Soit des mineurs portés disparus, soit des identités fictionnelles. De 1990 à 2005, il est parvenu à intégrer des foyers pour adolescents abandonnés, et de là des familles d’accueil. Trilingue, il présentait également une grande capacité de mimétisme.
Et le dernier en date : Claas Relotius, un ancien journaliste allemand du Spiegel. Une véritable vedette portée aux nues pour ses grandes qualités journalistiques. Jusqu’en décembre 2018, où à l’âge de 33 ans, il avoue avoir falsifié une quinzaine de reportages qui avait fait sa renommée.

Ce qui me fascine chez ces imposteurs, c’est bien sûr ce besoin de faire croire certaines choses pour occuper une place, mais c’est aussi la croyance du monde dont le monde extérieur fait preuve face à ces mensonges. Quels sont les mécanismes qui se mettent en place pour qu’on se laisse duper ? Qu’est-on prêt à croire pour vivre, survivre dans un groupe, au sein de la collectivité ? A quoi avons nous besoin de croire ? J’entremêle ces histoires « extraordinaires » avec des séquences plus quotidiennes car il y a des comportements humains dans notre vie de tous les  jours intime, professionnelle ou sociale, qui  sont tout aussi parlants que ceux d’imposteurs avérés.Je m’interroge sur ce besoin qui nous pousse à croire aux histoires qu’on se raconte et qu’on raconte aux autres.

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