Théâtre National

Anne-Cécile Vandalem

Portrait

Au conservatoire de Liège, Anne-Cécile Vandalem se rêvait actrice de cinéma. Pari tenu puisqu’elle apparaît déjà au générique d’une dizaine de films.

Elle joue aussi au théâtre sous la direction de Charlie Degotte et la compagnie Transquinquennal.

Puis son premier spectacle, présenté en Flandre, Zaï Zaï Zaï Zaï, lui assure une reconnaissance dans toute la Belgique, aussitôt confirmée par Hansel et Gretel. Ces deux spectacles ont été co-écrit et co-mis en scène avec Jean-Benoît Ugueux.

Peu férue d’histoire des esthétiques théâtrales, elle les redécouvre néanmoins à son insu et se les réapproprie à sa façon : le naturalisme avec Alexandre Trocki qui, les mains dans les écailles, tranche des darnes de saumon sur son étal de poissonnier dans Habit(u)ations ; le symbolisme et la tentation de l’onirisme avec l’inquiétante étrangeté répandue par le climat nordique et le poids des non-dits dans Tristesses ; l’esthétique du tréteau nu enfin, quand la confiance qu’elle accorde à l’acteur et à ses mots parvient à faire oublier le décor alentour, pourtant essentiel et très présent dans son esthétique scénique.

La dialectique entre l’intime et l’extime occupe une place essentielle dans son univers scénique. Le plateau de Tristesses exhibe la place d’un village insulaire et trois des maisons qui en bornent les limites.

La dramaturgie oscille entre des scènes d’extérieur où se croisent les personnages dans la vie sociale et des scènes d’intérieur où ils se replient sur le couple et la famille entre leurs quatre murs. C’est là qu’intervient la vidéo, pour traquer l’intime.

L’objectif de la caméra se substitue au trou de la serrure et nous transforme en voyeurs, avec l’étrange sensation que tout est préparé, prévu, cadré selon un plan de travail très rigoureux, mais que l’image y demeure fragile, tremblée, caméra à l’épaule, comme à l’époque glorieuse des balbutiements de la télévision où les dramatiques étaient tournées et diffusées en direct.

Anne-Cécile se définit avant tout comme une raconteuse d’histoires. Elle écrit comme au cinéma : d’abord un synopsis, parfois quelques essais d’improvisations au plateau pour tester le matériau, puis les dialogues et enfin la brochure qui s’apparente plus à un scénario qu’à une pièce de théâtre.

Et c‘est parce qu’elle cherche toujours les moyens les meilleurs pour raconter ses histoires qu’elle se met très vite en quête d’un dispositif approprié, le plus surprenant possible, et d’abord pour elle-même.

Si elle reste attachée au théâtre, c’est qu’elle ne saurait se passer de la scène, du plateau et des personnes qui y travaillent.

Quant aux sujets qu’elle choisit, ils font toujours écho à ses angoisses personnelles, à ses cauchemars nocturnes : la montée des extrêmes droites, le réchauffement climatique, la fragilité de la paix en Europe. Et pour donner vie à ses peurs, elle a besoin d’acteurs concrets, bien plantés dans la vie, loin des compositions et des contre-emplois. 

 

Yannic Mancel

© Laetitia Bica