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Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Fanzine National

Amitiés, associations

Et compagnonnages

À la création du Théâtre National en 1945,  l’équipe est composée d’un « noyau dur » d’ami·es de toujours,  Comédiens Routiers ou non, souvent très proches de la famille Huisman. On peut y compter Jacqueline Huisman, la femme de Jacques, qui occupe les premiers rôles féminins aux débuts de l’aventure, son beau-frère Luc André (comité de lecture, adaptations, publications diverses), et la sœur de celui-ci, la femme de Maurice Huisman, Ida De Becker.  Billy Fassbender qui entre dans l’aventure dès 1948,  et qui prendra la direction du Festival de Liège puis du Festival de Spa. Luc André, René Hainaux, Marcel Cornélis seront un temps directeurs adjoints assumant chacun des rôles pour les différentes missions du Théâtre National. 

Les artistes et les employé·es qui arrivent  peu à peu dans l’équipe du Théâtre National entrent  dans une grande famille dont Huisman est le patriarche exigeant (on travaille beaucoup) mais qui n’hésite pas à engager les proches et à aider cel·leux qui auraient des soucis financiers ou familiaux. Graziella Castellani (entrée au Théâtre National en 1972 comme réceptionniste et employée à l’accueil jusqu’en 2021) se rappelle de ses années sous la direction Huisman : 

« je suis arrivée en 1972, j’étais très jeune, j’avais 16 ans mais je n’ai jamais eu la sensation d’être prise pour une idiote par personne et surtout pas par Jacques Huisman. C’était le patron, il était imposant et je l’ai toujours vouvoyé mais je pouvais aussi donner mon avis, même sur des pièces qu’il nous faisait lire et j’avais la sensation d’être écoutée. Il laissait les gens faire leur travail mais il était au courant de tout, comme dans une famille. On était une grande famille mais on travaillait dur aussi. Huisman, c’était un bosseur. Il savait faire la fête, mais le lendemain matin il était là. Et il nous demandait la même chose. Et quand il y avait un évènement tout le monde mettait la main à la pâte… » 

Si il assume une mise en scène de spectacle par saison, Jacques Huisman n’hésite jamais à confier à d’autres le soin de porter son amour des beaux textes et il noue toute une série d’amitiés artistiques avec de nombreux metteurs en scène (Raymond Gérôme, Jules Delacre, Luc André, Werner Degan, Jo Dua, André Ernotte, André Debaar, Bernard De Coster et beaucoup d’autres signent plusieurs mises en scène au Théâtre National).

Jean-Claude Drouot poursuit cette habitude de compagnonnages artistiques mais sur un plan plus international. Il construit notamment des échanges fructueux avec certaines grandes scènes françaises : à côté de Vitez, il invite par exemple Gérard Desarthe, Michel Dubois, Marcela Salivarova-Bideau, Marcel Maréchal et Matthias Langhoff. Il se fait aussi découvreur avec Isabelle Pousseur par exemple qui montera sous sa direction Le Roi Lear, Le Prince travesti de Marivaux et surtout Le Géomètre et le Messager d’après le Château de Franz Kafka qui ouvre les portes du Festival d’Avignon au Théâtre National. 

Les Ami·es du Théâtre National, 1972 © DR

Il met fin à « l’omerta Huismanienne » vis-à-vis du Jeune Théâtre et invite Marcel Delval et Michel Dezoteux à créer Maître Puntila et son Valet Matti de Brecht, et coproduit Orgie de Pasolini mis en scène par Marc Liebens. 
Philippe Van Kessel a également construit des relations artistiques fortes et durables avec des metteur·ses en scène, auteur·ices et comédien·nes, qui ont marqué les saisons du Théâtre National sous sa direction. Parmi ses collaborations françaises majeures, on retrouve Jean-Marie Villégier, qu’il invite dès 1992 avec Phèdre de Racine, suivi d’un cycle marquant autour de Corneille. Jean-Claude Berutti est un autre compagnon fidèle, régulièrement programmé entre 1992 et 2004, tout comme Jacques Lassalle, Stéphane Braunschweig, Claude Stratz, Brigitte Jacques-Wajeman, Luc Bondy ou encore Denis Marleau. 

En Belgique, il poursuit des partenariats initiés à l’Atelier Saint-Anne, notamment avec Marc Liebens et l’Ensemble Théâtral Mobile, Philippe Sireuil, Isabelle Pousseur, Julien Roy ou Bernard Debroux. Il intègre aussi au Théâtre National ses comédiens fidèles Jean-Pierre Baudson, Patrick Donnay, Alfredo Cañavate et Eric Firenz (décédé peu après), qui deviendront comédiens permanents. 

Philippe Van Kessel accorde aussi une grande place aux jeunes metteur·ses en scène, avec l’aide de son conseiller artistique Yannic Mancel (1953-2026). Il accompagne le travail engagé et inventif de Lorent Wanson (11 productions au Théâtre National), mais aussi celui de Pascal Crochet, Nathalie Mauger, Dominique Serron, Laurence Vielle, Frédéric Dussenne ou encore Charlie Degotte. Il ouvre le Théâtre National à des compagnies audacieuses comme Transquinquennal, Arsenic ou le Groupov, qui marquera les esprits avec Rwanda 94 en 1999. Enfin, il met en valeur de nombreux auteurs belges contemporains, parmi lesquels Jean-Marie Piemme, Jean Louvet, René Kalisky, Paul Emond, Pierre Mertens et Patrick Roegiers. Lorsque Jean-Louis Colinet arrive à la tête du Théâtre National en 2004, il officialise ses relations avec une séries d’artistes (Joël Pommerat, Vincent Hennebicq, Raoul Collectif, Fabrice Murgia, Ascanio Celestini…)qui deviennent « artistes associé·es » au Théâtre National. Cela leur permet de développer des projets artistiques sur plusieurs saisons et cela contribue à donner une identité forte à sa programmation. Cette habitude d’associer des artistes à une direction s’est généralisée dans tout le secteur du théâtre belge et international. Elle permet de donner des couleurs et une identité particulières à un projet théâtral. On la retrouve aussi dans les saisons de Fabrice Murgia (avec Milo Rau, Justine Lequette, Jan-Christof Gockel, Armel Roussel, Michèle-Anne Demey et Jaco Van Dormael…) et dans le projet de Pierre Thys qui y associe plusieurs artistes d’univers et de disciplines différents, comme Mohamed El Khatib, metteur en scène, Ayelen Parolin, chorégraphe, Joëlle Sambi et Caroline Lamarche, autrices. 

Les Ami·es du Théâtre National

Dès la création du Théâtre National, des groupes de spectateur·ices passionné·es et souvent mécènes sont associé·es à la vie du Théâtre National et auront un grand rôle à jouer dans le développement de l’institution. Les frères Huisman utilisent leur énorme réseau de connaissances pour toucher l’ensemble du monde culturel francophone et avoir une véritable emprise sur la vie théâtrale belge. Ils sont issus d’une famille qui fréquente les puissants du Royaume, tant dans la sphère culturelle que politique et économique. Ils vont développer et soigner ces relations, notamment par le biais des Ami·es du Théâtre National, association toujours en activité aujourd’hui. Parmi les mécènes qui constituent les Ami·es du Théâtre National à l’origine, on pouvait compter beaucoup de personnes influentes comme la famille Solvay, la famille Janssens, les princes de Ligne, Max Boël, La Baronne Renée Lippens, Paul De Bock, Pierre Harmel et beaucoup d’autres… Les Ami·es du Théâtre National sont à l’origine de la création du Théâtre National comme Etablissement d’Utilité Publique en 1958. Ce statut a permis au Théâtre National de créer un Conseil d’Administration qui prendra dorénavant les grandes décisions. La Baronne Renée Lippens, très proche de la  famille Huisman  présidera d’ailleurs le  CA du Théâtre National pendant de nombreuses années (elle en est la présidente jusqu’en 1984, suivie par Robert Delville puis Philippe Suinen).

Les Ami·es du Théâtre National relancé·es par Pierre Thys existent toujours aujourd’hui et comptent une bonne centaine de membres, un public de passionné·es toujours aux premières loges, relais enthousiastes des activités du Théâtre National et ambassadeur·ices du théâtre auprès de leurs propres réseaux.  

Yvan Guerdon · Théâtre National Wallonie-Bruxelles