Le corps devient un outil pour mieux se comprendre
Chiara
Participante au projet Tendres nous, Chiara raconte une expérience sensible et collective où le corps devient un espace de rencontre, de confiance et de découverte de soi. Un parcours intergénérationnel qui bouscule les habitudes et ouvre de nouvelles façons d’être en lien.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de participer à ce type d’ateliers ?
J’avais envie d’expérimenter, de tester de nouvelles choses. J’avais aussi une grande confiance dans les médiatrices et dans l’équipe qui portait ce projet. Le pitch m’a immédiatement fait penser à mon papa, avec qui j’entretiens une relation assez distante depuis que je suis adulte. Je me suis demandée si je ne pourrais pas lui proposer de venir avec moi, simplement pour essayer, pour voir ce que ça donnerait.
À ma grande surprise, il a accepté. C’était une manière, pour nous deux, de sortir de notre zone de confort, mais aussi de vivre quelque chose ensemble, tout en restant dans une expérience personnelle. Pour moi, c’était l’occasion de découvrir de nouvelles sensations, de nouvelles façons d’être en relation, avec des personnes que je connaissais comme avec des inconnu·es.
Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en arrivant. J’y suis allée pour voir ce qui allait naître.
Qu’est-ce qui naît au fil des ateliers ?
Beaucoup de choses. D’abord, la rencontre entre des générations très différentes est très riche. Il y a aussi quelque chose de très agréable dans le fait de déconnecter du mental pour revenir au ressenti. Par exemple, simplement se toucher les mains peut devenir un moment d’une grande douceur.
On ressent un vrai esprit de collectif, de communauté. Il y a cette idée de se soutenir les un·es les autres, au sens propre comme au figuré : on a fait des portés, et j’aime beaucoup cette image — chacun·e apporte un peu de sa force pour soutenir une seule personne.
Je me demande encore à quoi tout cela va mener en termes de spectacle. On tâtonne, on explore. Mais j’ai surtout adoré la diversité du groupe : il y a des enfants très jeunes, un bébé, des parents, des personnes plus âgées… Cette mixité crée des dynamiques très fortes.
Un moment qui m’a marquée, c’est de voir mon papa — qui fait presque 1m95 — guidé par une petite fille de 10 ans. Elle lui proposait des gestes, des explorations, et lui se laissait faire, en confiance. C’était très beau à observer.
Tu parles de l’atelier avec ton papa ?
Pas tellement. On en parle un peu avant les ateliers, mais assez peu de ce qu’on y vit. Je pense que c’est aussi quelque chose de très personnel. Chacun·e s’approprie l’expérience de son côté avant, peut-être, de la partager ensemble.
Qu’est-ce que ça représente pour toi de travailler le corps dans notre société ?
Je pense qu’on prend conscience que, dans notre société, le contact physique est quelque chose de très particulier, parfois même problématique. On a tendance à éviter le toucher, et dès qu’il se produit, il peut générer du malaise.
Pourquoi est-on si mal à l’aise à l’idée de toucher des inconnu·es ? C’est une question qui revient souvent. Dès le début des ateliers, on nous a demandé comment on souhaitait nous dire bonjour ou au revoir : une bise, un signe de la main, un câlin… et chacun·e avait une réponse différente.
On travaille aussi beaucoup autour de la confiance corporelle. Le corps comme « objet » fragile dont on doit prendre soin, mais qu’on a pourtant tendance à mettre de côté. L’image du « corps-maison » m’a beaucoup parlé : le corps comme un habitat, une enveloppe dans laquelle on vit. Comment en prend-on soin ? Est-ce qu’on s’occupe de toutes les pièces ? Est-ce que les fenêtres sont ouvertes ou fermées ?
Ces métaphores permettent une vraie introspection. Le corps devient un outil pour mieux se comprendre. C’est aussi une manière de se réconcilier avec soi-même, avec les autres, et avec le toucher.