Théâtre National

David Bowie en ombre portée

Low / Heroes

Le spectacle "Low/Heroes" repose sur la mise en relation de deux symphonies de Philip Glass tirées d’albums de David Bowie, Low et Heroes. Entre ces deux symphonies vient s’intercaler "Le Journal de Nathan Adler", un texte écrit par David Bowie lui-même.

"Dans les années 1990, Philip Glass compose deux symphonies dont le matériau sonore est une réinterprétation de certains motifs de deux albums de David Bowie (assisté de Brian Eno), Low (1976) et Heroes (1977). Ces deux opus sont les chemins aventureux d’une trilogie que l’on nomme usuellement « trilogie berlinoise » dans la carrière de l’artiste britannique, et dont l’album Lodger en 1979 est le dernier volet. Influencés par l’expérimentation minimale et le Krautrock (musique électronique allemande proche du rock progressif), dont Kraftwerk reste le chef de file, ces deux albums de Bowie joueront un rôle déterminant pour quantité de groupes new age des années 1980 et au-delà.

Dans son travail, Glass se saisit partiellement des deux œuvres de Bowie pour écrire ses deux symphonies. Low est composée de trois mouvements dont la durée totale est de 43 minutes, tandis que Heroes se fragmente en six mouvements d’une durée quasiment identique à celle de Low.

Fondée sur la réitération de courts fragments mélodiques, ces symphonies entraînent le public dans une atmosphère envoûtante, bien loin du minimalisme auquel on a souvent, hélas, réduit la musique de Glass.

À l’occasion de la venue en France de l’exposition David Bowie is, j’ai proposé de réunir ces deux symphonies pour bâtir un projet global dans lequel la présence en ombre portée de David Bowie lui-même, à travers un film et la création en première mondiale du Journal de Nathan Adler, est l’occasion d’aborder son lien évident avec Berlin et la façon dont la ville a influencé son travail."

RENAUD COJO, JANVIER 2014

 

"Heroes, comme ma précédente symphonie Low, s’appuie sur l’œuvre de David Bowie et Brian Eno. Dans une série d’enregistrements expérimentaux réalisés à la fin des années 1970, David et Brian ont mêlé les influences de la world music, de l’avant-garde expérimentale et du rock, posant ainsi les bases de la musique populaire à venir. L’influence de ces oeuvres dans la durée a fait d’elles aujourd’hui de véritables « classiques ».

De la même manière que les compositeurs du passé s’étaient tournés vers la musique de leur époque pour façonner de nouvelles pièces, le travail de Bowie et Eno a été pour moi une source d’inspiration et le point de départ d’une série de symphonies.

Comme je suis proche depuis longtemps du monde de la danse, je me suis retrouvé à parler de la symphonie Heroes à la chorégraphe américaine Twyla Tharp. Elle a immédiatement passé commande de l’ œuvre pour sa nouvelle compagnie de danse et, très vite, nous nous sommes rencontrés avec David qui a tout de suite partagé l’enthousiasme de Twyla. Je me suis donc attaqué à une nouvelle partition symphonique destinée à devenir peu de temps après un ballet.

J’ai choisi six pistes de l’enregistrement original de Bowie et Eno, chacune d’elles devenant la base d’une pièce de danse. En combinant ces thèmes avec mes propres compositions, je suis arrivé à une œuvre d’échelle symphonique en six mouvements qui répond en même temps au propos dramatique du ballet de Twyla. Le résultat, je l’espère, sera aussi riche en enregistrement que sur scène pour la création chorégraphique."

PHILIP GLASS, NEW YORK, 1996

 

"Philip a mis beaucoup de lui-même dans ce nouvel album, mais paradoxalement, il a en fait mieux rendu ma propre voix. Écouter cette musique, c’est un peu comme être présenté à un frère ou à une sœur dont on ne vous a jamais parlé et dont vous ne connaissez pas vraiment l’existence : quand la rencontre a lieu, il y a une familiarité évidente des traits mais aussi toute une vie et toute une histoire qui se sont faites sans vous. La musique possède des caractéristiques que je reconnais immédiatement mais elle a sa propre vie ; elle n’a rien à voir avec moi, elle a eu toutes ces expériences qui me sont inconnues. Elle offre vraiment toute la gamme des émotions, du profond désespoir dans Neuköln jusqu’à cette spirale ascendante de V2 Schneider, et ces deux moments me semblent particulièrement fidèles à mon projet. C’était passionnant. Certes Philip avait enrichi ma voix… mais d’une certaine manière, il s’était approché bien plus près du cœur de ce que j’avais voulu faire."

DAVID BOWIE