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Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Brûler

Jorge León
Claron McFadden
Simone
Aughterlony

Comment les œuvres d’art, visuelles, littéraires ou musicales sont-elles pensées par rapport à la question de la finitude ?

La planète brûle. Si Lucy – l’australopithèque de 3.200.000 ans découverte dans le désert éthiopien en 1974 – revenait, que dirait- elle ? Dans Brûler, sa voix – portée par des artistes – naît sur le plateau où des maîtres verriers oeuvrent, au départ de leur souffle et de la silice en fusion – qui crée des formes anthropomorphiques. Des imprimantes 3D produisent des ossements synthétiques. Des blocs de glaise se tiennent en attente de fouille. Le plateau est un vaste laboratoire évolutif où l’œuvre déploie peu à peu son intention : convoquer le passé pour questionner le présent, allumer la flamme de l’avenir qui se cherche dans un monde dont on ne cesse d’annoncer la fin. Ensemble, brûlons d’un autre feu.

Genèse

L’idée de Brûler s’est imposée lors de la conférence The End Of Death à Bozar en 2019. J’y étais invité afin de partager mon expérience de réalisateur du film Before We Go (2018) conçu avec des artistes et des personnes en fin de vie. J’y évoquais, entre autres, à quel point le récit occidental est habité par la question de la fin. Comment les œuvres d’art, visuelles, littéraires ou musicales sont-elles pensées par rapport à la question de la finitude ? C’est là que j’y ai rencontré Aubrey de Grey, idéologue du transhumanisme qui affirmait en substance à l’auditoire : « la fin de la fin n’est qu’une question de temps. La mort n’est qu’une maladie que l’on finira par soigner. L’humain qui vivra jusqu’à 400 ans est déjà né. Il est peut-être parmi nous, dans l’auditoire ».

Au-delà de la vision scientiste promue par les transhumanistes, et qui n’est finalement qu’une énième version d’un récit régulièrement resservi, ce qui m’a particulièrement interpellé, c’est la collision entre le fantasme de se vivre immortel et l’annonce quotidienne alarmante qui nous est faite de l’extinction de l’humanité. C’est précisément ce paradoxe qui m’a mis au travail. Il a déjà généré une série d’étapes que je souhaite aujourd’hui réunir dans le contexte de la pièce Brûler, au départ de la figure de Lucy.

Certes, Lucy n’est qu’un squelette incomplet, une architecture d’os fossiles et d’air. Mais c’est précisément, le manque, la poétique de l’absence qui nous permet de donner corps et voix à Lucy. Une manière de matérialiser aussi le fantasme de nos origines. Une manière de questionner davantage notre propre finitude que nous partageons avec tous les êtres vivants. Et surtout, notre désir de la dépasser.

Première le 12.09.2024
Représentation du 12.09.2024 > 15.09.2024 aux Halles de Schaerbeek
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Téléchargements

Note de dramaturgie

Désimmortaliser

Le rapport à l’immortalité m’a naturellement conduit à explorer le contexte du musée, espace à la fois concret et symbolique où les oeuvres et les objets conservés sont censés nous survivre. C’est dans des musées que les 52 os de Lucy ont séjourné avant d’être soustraits aux regards des visiteur.es pour des raisons de conservation. Immortaliser une œuvre, la préserver dans les espaces muséaux consiste, paradoxalement, à la figer dans le temps. Les musées sont les lieux où les œuvres sont réifiées, où elles acquièrent une valeur symbolique, deviennent intouchables.

Dans Brûler, l’arc dramaturgique principal se déploie concrètement sur le plateau. Entre d’une part, un espace au sol couvert de terre - à la fois, champ de fouilles duquel sont extraites des matières et des formes et atelier où l’on façonne le visage et le corps de Lucy. Et d’autre part, un espace au sol immaculé, white cube où sont exposés les éléments récoltés et fabriqués dans le premier espace, où s’exposent aussi des corps vivants qui perturbent la logique réifiée et intouchable du musée. Le public évolue librement au coeur des lieux en activité. Progressivement, l’espace d’exposition aseptisé est contaminé par les éléments organiques du champ de fouilles / atelier où l’on sonde la terre à la recherche des traces des origines mais aussi des richesses à extraire. Et où l’on crée à partir du sable et de l’argile des nouvelles formes, humaines et non humaines. Le vivant de la création vient ainsi déconstruire l’immortalité des objets « morts » muséifiés, dans l’esprit du « post-musée » proposé par Françoise Vergès dans son ouvrage Programme de désordre absolu : décoloniser le musée (2023) : non plus le lieu de patrimoine prétendument neutre et universel mais l’utopie... (... ) qui éveillerait les sens, laisserait se déployer l’imagination et le rêve, où l’on pourrait s’enthousiasmer des créations collectives ou individuelles, des rituels et des gestes qui offrent d’autres manières d’appréhender le monde humain et non humain.

— Françoise Vergès, 2023


J’imagine donc un immense espace d’immersion pour les publics. Autrement dit, de nombreuses actions se déploient simultanément sur la scène ouverte à la déambulation. À l’image du musée dans la boîte noire, il n’y a pas de hiérarchie, ni de division entre l’espace du gradin et le plateau.

Tournées

  • 12.09.2024 > 15.09.2024

    BELGIQUE - Bruxelles - Les Halles de Schaerbeek

  • 08.11.2024 > 09.11.2024

    BELGIQUE - Charleroi - Charleroi Danses

  • 14.11.2024 > 15.11.2024

    BELGIQUE - Anvers - De Singel

Informations

Contacts: 
Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Diffusion internationale : Céline Gaubert - Responsable de la diffusion et des relations internationales
Diffusion FWB : Matthieu Defour - Chargé de production et diffusion
Production : Juliette Thieme - Responsable de la production

Disponible en tournée : 2024·2025 & 2025·2026

Distribution

Création Studio Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Création et mise en scène
Jorge Leon

En étroite collaboration avec les interprètes
Claron McFadden, Simone Aughterlony, Castélie Yalombo et les diplômé•es du Master Danse et pratiques chorégraphiques – INSAS, l’ENSAV – La Cambre et Charleroi danse : Aimé Gaster, Vio Lacroix, Garance Maillot, Charly Molle-Cousin, Justine Richard, Caroline Roche, Lou Viallon, Loü Viret

Assistanat et dramaturgie
Isabelle Dumont

Écriture
Caroline Lamarche

Scénographie
Traumnovelle

Installation sonore et composition musicale
Rokia Bamba

Création lumière
Arnaud Eubelen

Création vidéo
Aliocha Vanderavoort

Création costume
Eugénie Poste et Julie Menuge

Plasticien
Arnaud Vasseux

Construction décor et confection costumes
Ateliers du Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Production
Création Studio du Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Coréalisation
Halles de Schaerbeek, Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Coproduction
Charleroi Danse, Halles de Schaerbeek, Muziektheater Transparant, La Coop asbl, Shelter Prod

Le Rideau de saison, Maak & Transmettre · photos : Lucile Dizier, 2024