Ressentir le rythme commun qui nous relie
Clara Guémas
Avec Et toi ?, présenté les 24 et 25 avril dans le cadre du festival À la scène comme à la ville, Clara Guémas et Adèle Bourret invitent les enfants du Centre d’expression et de créativité L'Atelier des Petits Pas à explorer le mouvement comme un espace d’écoute, d’imaginaire et de liberté. Entre lenteur, sensations et création collective, le projet ouvre un terrain sensible où chacun·e peut expérimenter, inventer et trouver sa place, à la croisée du jeu et du rêve.
Après une première édition, vous revenez, Adèle et toi, pour une nouvelle aventure avec les enfants du Centre d’expression et de créativité L'Atelier des Petits Pas. Peux-tu me parler de votre nouveau projet Et toi ? ?
Avec les enfants de L'Atelier des Petits Pas, nous explorons différentes qualités de mouvement en voyageant à travers les pages du livre « Ce qui sera » de Johanna Schaible. Guidés par l’imaginaire, les corps se transforment, se déploient et se répondent.
Par moments, nous plongeons dans une sorte de piscine invisible où les gestes deviennent fluides, ralentis, comme si nous dansions dans l’eau. Le temps semble suspendu, les mouvements s’étirent et l’espace se remplit de lenteur.
À travers ces explorations, nous apprenons aux enfants à être attentif·ves les un·es aux autres, à écouter le groupe, à ressentir le rythme commun qui nous relie.
Quel regard portes-tu sur l’expérience vécue l’an dernier ?
Avec le recul, cette expérience m’a énormément apporté. J’ai vu des enfants se sentir de plus en plus à l’aise avec leur corps au fil des ateliers, gagner en confiance et oser davantage. J’ai aussi observé à quel point le groupe apprenait à s’écouter, à se respecter et à évoluer ensemble.
Revenir dans ce projet avec le même partenaire, mais de nouveaux enfants, est particulièrement enrichissant. Le fait de connaître déjà l’équipe de L’Atelier des Petits Pas crée un cadre de confiance immédiat : on est directement à l’aise, la confiance est déjà là, et ça fait vraiment du bien.
Certain·es enfants avaient déjà participé l’année précédente, et cela se ressent : i·els sont encore plus engagé·es, plus à l’écoute, et pleinement investi·es dans la proposition artistique.
Ce que je retiens particulièrement de la saison dernière, ce sont ces moments presque magiques où tout s’aligne : par exemple, un groupe d’enfants qui n’avait pas du tout l’habitude de danser a fini par se laisser porter, chacun·e trouvant peu à peu sa place, jusqu’à créer une danse collective pleine d’énergie et de joie. Ce genre d’instant montre à quel point ces expériences peuvent être fortes et transformatrices.
Quelles sont vos nouvelles envies pour cette édition ?
Même si le contexte reste similaire, nous sentons que nous pouvons aller plus loin cette année : approfondir certaines pistes, prendre davantage de liberté et continuer à faire évoluer ce qui a été amorcé la saison dernière.
Nous souhaitons orienter le travail vers encore plus d’écoute et de liberté dans le mouvement. L’idée est de permettre aux enfants de prendre confiance en leur corps, d’oser s’exprimer à leur manière, sans chercher à « bien faire », mais plutôt à ressentir et explorer.
J’aimerais leur laisser encore plus d’espace pour proposer, imaginer et trouver leur propre langage corporel. Avec des enfants de 7-8 ans, c’est particulièrement riche, car leur spontanéité est immense. L’enjeu est de nourrir cette créativité tout en développant une vraie écoute de soi, des autres et du groupe.
Je souhaite aussi approfondir cette idée de corps à l’écoute : des corps qui ressentent, se répondent et entrent en dialogue, parfois sans mots. Aller vers une dimension plus sensible et poétique, où le mouvement devient une manière de raconter, de faire naître des images et de rêver ensemble.
Qu’est-ce qui t’a le plus marquée au fil de ce travail ?
Ce qui m’a le plus marquée, ce sont ces moments où leur imaginaire prend toute la place. Je pense par exemple à cet exercice où on leur proposait de « danser comme un volcan » : au début, certain·es hésitaient, puis peu à peu, i·els se sont laissé·es embarquer, chacun·e avec sa manière, sa force, son rythme… et ça devenait presque une petite tempête vivante dans la salle.
Ce qui m’a aussi vraiment touchée, c’est de les voir en autonomie. On les laisse inventer, décider, créer. Et i·els sont tellement fier·es d’ell·eux ! On voit cette fierté dans leurs yeux, dans leur façon de se tenir, de partager ce qu’i·els ont imaginé. C’est simple, mais magique.
Qu’est-ce que le théâtre a à apporter à ces enfants ?
Le théâtre leur offre un espace où i·els peuvent être pleinement ell·eux-mêmes, se laisser aller, jouer, rêver avec leur corps et leur voix. C’est un moment pour explorer, se sentir libres, inventer sans peur. Leur créativité est brute, sincère, inattendue. I·Els nous emmènent ailleurs, et nous rappellent que créer, à la base, c’est jouer, essayer, rater, recommencer… et surtout y prendre du plaisir.