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Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Entretien

Une fête intergénérationnelle

Pièces montées

Présenté le 25 avril 2026 dans le cadre du festival À la scène comme à la villePièces montées réunit une centaine de participant·es autour d’une création théâtrale et musicale célébrant les 80 ans du Théâtre National Wallonie-Bruxelles.
Dans cet entretien, les porteur·ses du projet reviennent sur cette aventure collective, entre fête, transmission et partage intergénérationnel.
Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Comment s’est construit le projet et qui sont les différentes personnes impliquées dans sa réalisation ?

Valérie Bertollo : C’est en discutant avec Patrick, habitant de la Résidence Sainte-Gertrude, qu’on a commencé à parler cuisine. Il est allé chercher ses carnets de recettes manuscrites, et l’idée du projet est née de là.

Patrick : Je reprends d’anciennes recettes que j’essaie de remettre au goût du jour. Je ne peux plus manger de sucre, alors je fais des gâteaux pour les autres.

Laurence Vielle : Le projet a été, au départ, entièrement porté par Valérie. C’est elle qui en a amené tous les ingrédients, avec ses rêves à elle. C’était tellement foisonnant qu’on a vite senti qu’il fallait constituer une grande équipe.

Il y a Noémie Warion à la scénographie, Vincent Granger pour les musiques et chansons, Milton Paulo pour le mouvement, Patrick pour la cuisine, Valérie Bertollo à la coordination générale, Sarah Navarro pour le travail théâtral avec les malentendant·es. Et Zoé Suliko et moi, nous travaillons sur l’articulation de tous ces éléments.

Le projet convoque énormément de publics différents : des habitant·es de la Résidence Sainte-Gertrude, des personnes malentendantes, une classe de Montessori, une chorale…


Comment fait-on pour articuler tous ces mondes ? Qu’est-ce que ça génère d’inattendu ?

Valérie B. : On va de surprise en surprise. Je pense notamment à des ateliers récents avec des jeunes sourd·es et malentendant·es. Ce sont des classes qui ne se croisent jamais : deux mondes très différents, avec des enseignant·es qui ne se parlaient pas. Mon rôle, c’est de faire en sorte que ces personnes se rencontrent.

Sarah Navarro : Les élèves sont très content·es de se rencontrer. Et finalement, i·els partagent une même langue, un même vécu.

La scénographie permet-elle de faire le lien entre ces cent personnes sur scène ?

Noémie Warion : Les groupes ne se rencontreront vraiment que la semaine précédant le spectacle. La vraie synergie va se créer à partir du 20 avril, quand tout le monde sera réuni sur le plateau. On espère une forme d’alchimie.

Jusqu’à présent, les rencontres ont été partielles. Le bouquet final aura lieu cette semaine-là.

Valérie B. : Les participant·es ont très envie de se retrouver, et les enseignant·es trouvent que ce mélange est une vraie richesse.


Comment ce projet autour des 80 ans du Théâtre National fait-il dialoguer les corps, les mémoires et les générations ?

Vincent Granger : Ces rencontres ne provoquent que des sourires !
Le projet rassemble plusieurs couches. L’anniversaire du théâtre nous relie à quelque chose de plus large, de plus poétique : l’histoire du théâtre, les textes, la scénographie…

Zoé Suliko : J’ai l’impression d’une toile impressionniste. Chacun·e est une touche de couleur.

On raconte les 80 ans du théâtre, mais aussi son histoire d’après-guerre, avec ces camionnettes qui allaient à la rencontre des publics pour créer du lien.

J’ai l’impression que notre rôle aujourd’hui, c’est de recréer ce lien, de raconter des histoires de transmission et de solidarité avec les personnes présentes sur scène. On raconte une histoire dans l’histoire.

Milton Paulo : Le cadre des 80 ans nous permet aussi de retrouver du plaisir. C’est une fête : on se rencontre à travers les gestes, les costumes, le chant, le mouvement. On revient à quelque chose d’essentiel : la rencontre par le jeu.

Des personnes d’horizons différents vivent ensemble la magie du théâtre. C’est une expérience commune.

Valérie B. : Il y avait aussi l’envie de rassembler des personnes d’âges différents.

On fête le temps qui passe, un anniversaire. C’est magnifique de voir cette pluralité d’âges, de corps et de langues, dans lesquels chacun·e peut se reconnaître.

Vincent G. : Il y a quelque chose de profondément collectif. C’est ce que j’ai toujours aimé dans le théâtre : tous ces corps de métier qui se rassemblent.

Milton P. : C’est comme si la vie entrait dans le théâtre et racontait sa propre histoire.

Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Qu’est-ce que ce projet a de particulier ?

Noémie W. : Ce qui est particulier, c’est de réunir cent personnes sur un plateau et de faire ça en quatre jours ! C’est vertigineux, mais comme on est dans la joie de la rencontre, ce n’est pas la finalité qui compte : c’est le processus.

Milton P. : Il y a une vraie confiance, un plaisir, une joie à relever ce défi : mettre une centaine de personnes sur scène, ce n’est pas quelque chose qu’on fait tous les mois ! Et en même temps, ça coule de source.

Je pense à un atelier à la Résidence Sainte-Gertrude : on faisait une sorte de crème, ça ne fonctionnait pas, et une autre élève est arrivée avec une astuce. C’est ça, en fait : être à l’écoute, mettre les choses en mouvement, et voir que tout se fait naturellement.


Est-ce qu’on a besoin de la fête dans la société dans laquelle on vit ?

Vincent G. : Nos métiers sont déjà une fête. En tant qu’artistes, on est porté·es par la joie.

Zoé S. : La période est sinistre, on ne va pas se le cacher. Mais le fait de travailler ensemble, de se soutenir à chaque étape, c’est extrêmement fort.

Il y a beaucoup de joie et de bienveillance. Le fait que chacun·e se mette au service des autres fait vraiment du bien.

Laurence V. : C’est précieux qu’une grande structure comme le Théâtre National, au centre de la ville, nous soutienne, tout comme la Fondation Yehudi Menuhin, ça donne beaucoup d’espoir.

Zoé S. : On n’est pas dans un entre-soi avec ce projet. Il y a quelque chose qui circule. C’est la société qu’on aimerait avoir.

Patrick : Pour les personnes âgées, c’est très important. Ça nous permet de continuer à être actif·ves, de ne pas rester seul·es dans notre coin, enfermé·es dans une chambre. On peut encore transmettre ce qu’on a appris et le partager avec d’autres.