Théâtre National

Milo Rau

Portrait

Milo Rau est né à Berne en 1977. Au cours d’études de sociologie, de langues et de littérature suivies à Paris, à Zürich et à Berlin, il est profondément marqué par les enseignements de Tzvetan Todorov et Pierre Bourdieu. Grand voyageur et journaliste, il s’initie à l’art du reportage au Chiapas et à Cuba.

En 2007 il fonde entre Cologne, Berlin et Zürich l’International Institute of Political Murder, une société de production théâtrale et audiovisuelle dont les réalisations sont bientôt reconnues dans les grands festivals internationaux : Berlin, Avignon, Bruxelles, Montréal et Venise…

En s’attaquant à la représentation ou à la reconstitution distanciée d’événements tragiques qui marquent notre histoire contemporaine (la fin des Ceaucescu, le génocide rwandais, la tuerie de Breivik, les massacres du Congo, la dictature syrienne, l’accueil des migrants en Europe ou l’affaire Dutroux…), Milo Rau expérimente une nouvelle forme d’art politique, à la fois esthétique et documentaire - le Real-Theater, selon la belle formule du réalisateur Alexander Kluge - qui tourne le dos aussi bien à la tradition naturaliste issue du XIXème siècle qu’à la pratique de la performance telle qu’elle s’est imposée depuis cinquante ans.

Pour lui, par exemple, il s’agit de transformer les mécaniques traditionnelles d’identification et de représentation. Mettre en scène, c’est mettre en crise. Son ambition serait de soumettre la bonne conscience européenne à une sorte de psychanalyse politique. Partir de l’intimité d’un petit théâtre, celui des gens et de leur quotidien, pour atteindre insensiblement la violence et la grandeur d’une tragédie grecque.

Ainsi Les Suppliantes d’Eschyle apparaissent-elles très vite en filigrane dans les témoignages de migrants de son spectacle Empire. Car pour lui, « la réalité est seulement une apparence de ce qui est plus grand, qu’on l’appelle société, Histoire ou d’un autre nom… ».

Ce qui l’intéresse dans la représentation du mal, c’est, comme le dit Hannah Arendt, la dénégation dont le recouvrent ses auteurs : leur innocence fantasmée, leur présumée irresponsabilité.

A l’un de ses maîtres enfin, le grand Bertolt Brecht, il doit le goût d’une forme d’action dramatique idéale pour interroger les consciences : celle de l’instruction d’un dossier, puis du déroulement d’un procès, à l’endroit précis où la scène et le tribunal se rencontrent, sans toutefois se confondre.

Portrait par Yannnic Mancel

 

Photo © Daniel Seiffert

Les créations de Milo Rau : Five Easy Pieces & General Assembly.