L'AdN
L’Assemblée du National au fil d’une saison
Cela fait aujourd’hui près de huit mois que l’AdN a vu le jour au Théâtre National. À l’origine, le projet est né du besoin de faire émerger, au sein de l’institution, un espace totalement dédié aux spectateur·ices. Un lieu à l’image de la diversité bruxelloise, réunissant des personnes de tous horizons pour analyser, réfléchir, partager — être ensemble autour de spectacles découverts collectivement. Un espace pour se confronter, s’écouter, se questionner, et parfois se bousculer.
Dès la première rencontre, un groupe très diversifié s’est constitué, rassemblant des personnes qui ne se connaissaient pas, apportant chacune son regard, sa sensibilité, son expérience. Les participant·es ont sélectionné collectivement plusieurs spectacles parmi une dizaine de propositions — autant de jalons venant structurer le parcours à effectuer ensemble cette saison. Parcours structuré en sorties et en assemblées, celles-ci ayant lieu une semaine après la vision du spectacle.
Arsen & Fanfan
C’est avec Arsen & Fanfan que l’aventure a commencé : un spectacle mettant en scène deux personnages d’abord reliés à des prises de courant, qui, au fil de scènes surréalistes, jouent avec malice de l’éphémère et de la mortalité.
La première assemblée a marqué l’entrée dans le travail collectif. À partir de cette question — quelle trace un spectacle laisse-t-il une semaine plus tard ? Comment continue-t-il de se déposer en nous ? — les échanges se sont déployés, révélant la richesse des interprétations et la diversité des ressentis.
Pour clôturer cette séance, les participant·es ont formulé des questions à destination du metteur en scène, Simon Thomas, qui a pris le temps d’y répondre. Parmi celles-ci :
Quel a été l’élément déclencheur qui t’a donné envie de monter ce spectacle ?
Simon Thomas : Si l’on cherche un élément déclencheur — et non une série de circonstances — alors même ma naissance ne suffit pas ! Il faudrait remonter jusqu’au Big Bang, dernier repère que je sache nommer, sans pouvoir garantir qu’il soit l’élément déclencheur de tout ceci.
La position du metteur en scène évolue-t-elle au fil du processus de création ?
Simon Thomas : Si l’on ne parle pas de position physique ;) : plus la deadline approche, plus le rôle glisse de celui ou celle qui pose des idées sur papier vers celui de capitaine — qui veille à la bonne réalisation du projet et au bien-être des troupes. La gestion de l’énergie, du moral, le courage de trancher et d’aller à l’essentiel finissent, selon moi, par primer sur l’inspiration artistique pure.
Géométrie de vies
Lors de notre deuxième sortie, nous avons découvert ensemble Géométrie de vies, de Michael Disanka et Christina Tabaro — un spectacle qui traverse les événements marquants de l’histoire du Congo, à travers récits, musiques et souvenirs.
L’Assemblée qui a suivi s’est davantage orientée vers l’analyse de spectacle : détricoter les signes sur scène, les éléments du décor, analyser la bande sonore, répertorier ce que l’on voit, ce que la matérialité du plateau nous raconte. À partir du spectacle, chacun·e a également convoqué des images de son enfance — comme celle du lac, présente dans la pièce — et partagé la manière dont le propos avait résonné en lui ou en elle.
Jouer sa vie
L’Assemblée consacrée à Jouer sa vie a ouvert, quant à elle, la voie à des formes de critique plus ludiques et créatives, où les participant·es ont pu s’approprier autrement leur expérience du spectacle.
Au fil des rencontres, l’AdN s’est affirmée comme un espace vivant, où la parole circule librement et où les expériences individuelles entrent en résonance. Plus qu’un simple prolongement du spectacle, ces assemblées sont devenues de véritables lieux d’élaboration collective : des espaces de confrontation de points de vue où voir un spectacle engage à penser le monde.
Et c’est lors du festival À la scène comme à la ville que nous retrouverons l’AdN. Au sein d’Une traversée, les participant·es donneront à voir et éprouver le parcours entamé cette saison — un parcours qui, en retour, a nourri intensément la vie du théâtre et notre manière d’être ensemble.