Théâtre National

Une pure collaboration

L'attentat / Vincent Hennebicq / interview, partie II

L’Attentat est une vaste entreprise qui réunit l’image, le voyage, la rencontre, la musique, puis le plateau. Comment s’est construite l’adaptation scénique ? Nourrie de tout cela ?

Dès le premier jour, j’étais persuadé que ce spectacle allait être un récit, mixé à un concert, mixé à un film. Je savais que l’acteur serait central, entouré de musiciens et avec un film qui défile. Je voulais aussi que ce soit une pure collaboration entre le travail de Fabian Fiorini à la composition musicale, mon travail pour l’adaptation du livre, et le travail de Jean-François Ravagnan, un réalisateur dont j’admire le regard sur l’autre.

Le fait de voyager avec Jean-François était très important pour moi. Le voyage, c’est quelque chose de primordial, parce que le fait de rencontrer différentes cultures m’aide à vivre dans ce monde. Le voyage, cela force l’humilité. On est absorbé dans un lieu qui ne nous appartient pas, sur lequel on n’a aucune prise. Et ça j’aime vraiment beaucoup. C’est important pour moi en tant qu’être humain. Du coup, dans le travail, c’est important pour moi d’aller chercher cela avec la caméra.

Lors du voyage, on se promenait et on allait à la rencontre des gens, spontanément…On leur demandait de nous parler un peu de leur histoire ou on leur racontait l’histoire du roman…et très souvent, on leur demandait de nous répondre dans leur langue d’origine. Mais du coup, on ne comprenait rien et on a découvert ce que les gens disaient trois mois plus tard, lors du dérushage. En comprenant les témoignages, on a réalisé qu’il y avait un trait d’union hallucinant non seulement entre eux, mais aussi avec le roman. D’un seul coup, on s’est rendu compte qu’il y avait des gens qui disaient presque exactement ce qui était écrit dans le roman. C’est Khadra qu’il faut féliciter parce que lui n’a pas fait le voyage. Au contraire…il semble qu’il ait délibérément refusé de partir là-bas pour écrire ce livre, parce qu’il avait l’impression que c’était mieux qu’il l’écrive d’ici, sans savoir, sans connaître.

Fabian Fiorini était du voyage ?

Non Fabian n’était pas du voyage. Mon idée, c’était que l’on construise tous les trois de notre côté, presque sans lien. Je voulais qu’on ait quelques informations du travail de l’autre, mais sans aller trop en profondeur. Parce que j’avais l’intuition que ça allait créer des choses étonnantes dans le mix final. Du coup, j’ai donné mon texte très tard. Fabian a composé sur base de scènes que je lui avais racontées ou à partir de quelques images qu’il avait vues du film de Jean-François. Et Jean-François a monté son film sur une autre musique que celle de Fabian. A la fin, on a mixé tout cela lors des 5 semaines sur le plateau.

Donc il y a quelque chose qui relève de l’intuition…

L’intuition, la chance ou le hasard…Les premières semaines de répétition, je me disais que c’était un pari. Puis on a eu un labo d’une semaine qui a permis de vérifier si cela fonctionnait ou pas. Et en fait, oui, les choses se sont faites très facilement, d’un seul coup. Très rapidement.

Le labo a permis de vérifier la concordance musique/image ?

Musique/image et théâtre. Fabian a trouvé le travail de Jean-François superbe. Il est parti de ce qu’il avait composé et il a recomposé tout en regardant les images. Parce que Fabian - c’est fascinant - a aussi fait partie de la cinémathèque. Il jouait pendant les films devant lesquels il devait improviser. Donc il a l’habitude de créer de la musique par rapport à ce qu’il voit. Là, il avait une composition de base, qu’il a peu à peu adaptée en fonction des images et en fonction des instrumentistes aussi.

 

 

L'attentat / Vincent Hennebicq / interview

  •