Théâtre National

Je trouve courageux d’être naïf aujourd’hui

L'attentat / Vincent Hennebicq / interview, partie IV

Vous êtes partis à la rencontre de personnes à qui vous avez exposé l’histoire d’Amine, l’histoire du roman. Vous leur avez demandé ce qu’ils auraient souhaité dire à Amine. Au bout de ce périple, vous, qu’avez-vous envie de dire à Amine ?

Au moment de la récolte des témoignages, je posais 3 questions aux gens : est-ce que vous avez un message pour Amine ? Est-ce que vous voulez faire des enfants ? Est-ce que vous pensez que la paix est possible ?

La question des enfants est primordiale. Au moment où Sihem va commettre cet attentat, elle cache la bombe dans le ventre d’une femme enceinte sachant que c’était le vœu d’Amine : faire des enfants. Et quand Amine découvre sa lettre (qui tient en 4 lignes), elle lui écrit : « tu voulais des enfants, je voulais les mériter. Aucun enfant n’est tout à fait libre s’il n’a pas de patrie. » Je trouve que c’est une question terrible, pour quelqu’un comme moi qui considère justement qu’il ne devrait pas y avoir de frontières, qu’il ne devrait pas y avoir toutes ces histoires de nations, de patries…Tout cela pour moi est absurde. Et le fait qu’elle dise cela, cela me remet aussi à ma place.
Si j’avais à m’adresser à Amine, je lui dirais que je comprends qu’il ait voulu créer une bulle, que j’admire sa recherche, et que je regrette sa mort dans la mesure où je pense qu’il y a d’autres solutions possibles, parmi lesquelles le fait d’avoir des enfants. Il faut une génération pour changer les choses. Et si cette nouvelle génération pouvait avoir un autre regard, se nourrir autrement que par ce qu’on leur apprend à l’école ou dans les gouvernements, alors il y a peut-être une chance. Je crois très fort à la rencontre et au fait de nous redonner un peu de naïveté par rapport à l’autre. Je trouve courageux d’être naïf aujourd’hui. Oui j’ai envie de dire à Amine : continue d’être courageux, d’être naïf et continue à faire des enfants, crée aussi des choses dans le partage et dans l’ouverture, maintenant que la bulle est éclatée.

 

L'attentat / Vincent Hennebicq / interview